LIGNES DE VIE

Ursula Hochmeyer

 

Ursula Hochmeyer voit le jour à Linz, entre Wilhering et Saint Florian: elle entre en connivence avec le baroque danubien bien avant ses études à l’Akademie der Bildenden Künste à Vienne.
Là, elle choisit de suivre un double cursus (Master): arts plastiques et sculpture. Elle reçoit à Vienne l’enseignement de Fritz Wotruba, - sa sculpture en témoigne avec gratitude. Elle voit avec passion les exigences tectoniques conduire le sculpteur vers le travail scénique et vers l’architecture. Elle n’oubliera pas la leçon paradoxale de ces passages à la limite: la vie de la sensation s’éprouve à travers des tensions de durée, autrement dit rythmes et degrés de liberté.

Son travail de sculpteur est couronné par plusieurs prix de l’Académie de Vienne.

Dans ses études viennoises elle se confronte aussi à l'incontournable Art Nouveau, Wiener Werkstätte et le style Secession (Otto Wagner, Josef Hoffmann, Koloman Moser...) Elle en reconnaît encore l’influence au niveau de son travail graphique dans l'emploi des matières et proportions contrastées, l'importance de la ligne, la sobriété dans le détail mais surtout la solidarité de la chose et de son entourage, en somme l’intuition de l’intériorité commune des images et des êtres.

Si la peinture est celle qui rend évident le fil commun à notre propre existence  et à celle des choses, la rigueur du dessin reste pour elle primordiale et sa peinture est le fruit d’une lente élaboration.
Elle s’attache à explorer la modulation où s’originent les formes. De là, ses recherches sur les Eléments (le «et» des choses), son intérêt pour le cinéma et la video (vidéo expérimentale, Master d’Études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université de Lyon) qui, selon elle, offrent l’image à la liberté du geste, en exposant des styles de présence et rendant perceptibles les relations entre mouvements et qualités, étendue et conscience.
De là son intérêt également pour l’art oriental, sensible dans ses paravents ou certains de ses polyptiques qui, par assentiments et divisions, suscitent un espace inédit en composant avec lui. Car le principe ici est de distribution et non de partage. Distributive, l’unité des panneaux comprend également ces césures qui séparent mais n’isolent pas; elle est sujette à un rythme qui n’appartient plus aux figures, mais se fait figure, pour saisir en une seule respiration et animer d’une vie originale l’espace qu’elle déploie.

Depuis son installation en France, Ursula Hochmeyer se mesure également aux exigences inédites qu’apporte l’image électronique. Nouveaux outils, nouvelles ressources, certes, mais aussi nouvelle économie figurale et nouveau régime de temporalité: l’image électronique apporte avec elle une perpétuelle injonction de nouveaux possibles, des synthèses qui se sédimentent et s’additionnent comme ses calques, des contemporanéités effrontées, des compossibilités inouies, mais aussi des capacités de sélection, de bifurcation, de choix.

Devant un écran qui n’est ni tableau ni fenêtre, un écran qui a cessé de nous faire voir un monde en mouvement mais est devenu surface opaque, toute analogie avec une expérience visuelle «naturelle» ne peut être que jouée.

Ursula Hochmeyer cherche à en prendre acte; l’image s’est déprise du monde et la distance n’est plus ce que les formes doivent franchir pour venir jusqu’à nous; elle doit désormais comprendre cette étendue où elle trouve à exister. A l’arraisonnement des images, à leur mise en disponibilité illimitée, répondre par une invitation à voir de ses propres yeux, une disponibilité de vision. «De façon qu’à la rigueur tout le monde qui a des yeux puisse y voir clair» (Van Gogh).

 
  © Ursula Hochmeyer